Boulot, boulot, boulot (bis)

Il y a du neuf sur le front du boulot !

Je me suis complètement plantée la dernière fois, quand je disais que mon patron semblait m’inclure dans ses projets pour les années suivantes : en fait, il a juste l’air de croire que je serai encore là à faire le larbin, rien de plus. Parce qu’à la base, il m’avait dit « Il faut qu’on bosse pour présenter les projets aux gens qui pourraient le financer », donc moi je me suis dit « Ah, il va enfin embaucher quelqu’un de compétent pour m’assister, comme ça moi je pourrai passer plus de temps sur des trucs plus intéressants », mais en fait il a juste embauché quelqu’un pour bosser sur les projets.

Bon.

(Là normalement, c’est le moment où Papa Spaghetti m’explique que ça craint, que mon patron n’a plus confiance en moi, que je vais me faire virer, et que tout ça c’est à cause de mon blog et des réseaux sociaux où je raconte beaucoup trop de choses)

(Il va de soi que mon blog mondialement connu d’au moins vingt-cinq personnes y compris ma mère et mon mec peut me mettre dans une position délicate)

(Parce qu’il va aussi de soi que je suis la seule personne exaspérée par son patron)

(Bref)

Donc, je me retrouve dotée d’un collègue supplémentaire pour un petit moment : genre école de commerce et tout, j’avoue qu’il fait un peu tache chez nous (on est quand même à la SPEB) (Société Parisienne d’Elevage de Boulets).

Mais si vous le voulez bien, faisons d’abord un détour par une petite radinerie de mon patron : j’avais imprimé un document pour le lui faire relire et, sachant qu’il aime bien me faire déplacer une virgule ou deux pour bien asseoir son autorité, j’avais fait l’impression sur du papier brouillon donc quand il a tourné la première page, il a vu une facture à moitié imprimée au verso (et c’est justement parce que l’impression avait planté que cette facture s’est retrouvée avec les brouillons) (je suis coconne, mais quand même).

– Attends mais c’est quoi, ça ? Pourquoi j’ai une facture au milieu du contrat ?
– Non mais c’est juste que j’ai imprimé sur du brouillon, du coup vous n’avez que le recto à lire, pas le verso.
– Mais pourquoi j’ai une facture dans le contrat ?
– Parce que, j’ai imprimé sur du brouillon.
– Non mais faut imprimer sur du papier blanc, comment on peut se retrouver avec une facture au milieu d’un contrat, et puis imagine si c’est un document confidentiel ?
– Mais c’est juste pour la relecture, et puis vous savez j’ai calculé, on pourrait économiser quasiment deux ramettes de papier par an, en imprimant les documents à relire sur du papier brouillon.

Mon Dieu, si vous l’aviez vu, en proie à l’un des pires dilemmes de son existence … Continuer à asseoir son autorité ? Accepter mon argument ? Parce que bon, deux ramettes par an à environ 5€ pièce, ça fait 10€ par an, en quatre cents ans ça fait des économies pour une jolie montre … Que faire, que faire ?

– D’accord, mais fais quand même attention de ne pas mettre de factures dans les contrats.

Bref.

Revenons-en donc à Etienne, puisqu’Etienne il y a.

Etienne est peut-être doux, qui sait.

Etienne est peut-être même frais.

Mais Etienne est très, très encombrant.

Etienne, en quelques jours, a déjà réussi à prendre un air très sérieux et pénétré, sourcils froncés, pour me demander si j’avais un tampon de société, parce qu’il en aura sans doute besoin dans quelques jours (non non, sur tous les contrats signés on dessine une tête de Mickey, tellement plus fun qu’un tampon ! Faut vivre, un peu !), et surtout, il a déjà réussi à me donner envie de lui arracher chaque micro parcelle de son petit corps snob et délicat à la fourchette à huîtres (pas de panique, on a des couverts en argent, il ne sera pas dit que sa mort aura été honteuse et ignominieuse) (on est des boulets, mais on se respecte un minimum).

Etienne, il adore parler très fort au téléphone juste devant le bureau de projets censés être confidentiels (mais peut-être qu’Etienne n’imprime que sur des feuilles blanches ? Dans ce cas tout irait bien), en faisant les cent pas et en moulinant des bras (irait-on jusqu’à dire qu’Etienne brasse de l’air au sens propre comme au figuré ? Oh non non non, tout de même pas) (on n’est pas comme ça).

Etienne adooooore parler franglais – c’est comme ça que j’ai appris qu’il « prenait le lead » sur certains dossiers, qu’il ne voyait pas d’inconvénient à « homeworker » le soir, qu’on « est good » parce que je lui ai prêté le putain de tampon de société. Mais alors, quand il s’agit d’appuyer sur l’interphone pour m’ouvrir parce que je lui ai laissé mes clefs, ça non par contre c’est trop compliqué, faut que j’attende qu’une gentille personne de l’immeuble m’ouvre la porte.

(Nan je pouvais pas appeler, j’avais oublié mon portable au bureau)

(La SPEB, rappelez-vous)

(Quand je suis entrée dans le bureau en pestant que quand même, il pourrait ouvrir quand je sonne, il a dit « Oups j’ai cru que c’était le téléphone »)

(Cela dit, vu ce qu’il est payé, il a bien raison de se concentrer sur son boulot et de ne pas perdre une minute à venir m’ouvrir)

Allez à plus, je vais essayer de survivre à cette nouvelle journée de travail.

(Essayer)

(Je ne garantis rien)

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15 réflexions sur “Boulot, boulot, boulot (bis)

  1. Tu racontes tout ça très bien, je peux presque imaginer la tête d’Etienne et de ton patron. Ce qu’on doit subir de nos jours au travail (enfin la tout de suite je suis sans emploi, et c’est pas plus réjouissant…)

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    • Ça j’avoue que c’est mal fait : quand on a le temps, on a rarement l’argent de faire plein de choses et quand on bosse, on n’a pas le temps et même pas forcément l’argent pour les faire …
      Et sur cette bouffée d’optimisme et de bonne humeur, bonne après midi 😀

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  2. La prochaine fois, imprime en filigrane « Ceci est un brouillon », tu vois, dans la diagonale de la feuille, recto verso bien sûr. Je suis sûr que ton boss appréciera et comprendra de ce fait la différence entre une feuille de brouillon et une feuille blanche.
    Et pour Etienne… Rien d’autre ne me vient que ‘anmen. Tian’anmen.
    Bon courage… Je compatis…

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    • Oh oui, bonne idée ! Avec « Economie réalisée : 0,005 € » pour qu’il s’en rappelle !

      Ouais comme dit la chanson, « pas d’autre choix » (et « pas baisser les bras »), hein …

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    • Ce que je préférais c’est quant on en étais à la Xième relecture et que ma hiérarchie me faisait changer quelque chose d’initialement modifié par elle-même… Au moins maintenant ça me fait un truc à raconte en soiré.

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  3. Tu racontes tout ça vraiment très bien, du coup je culpabilise un peu d’être morte de rire alors que la situation doit clairement être déplaisante pour toi…
    Et je compatis grandement pour le paternel, le mien a beaucoup de mécanismes de fonctionnement similaires 🙄

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    • C’est très délicat de ta part, mais tu peux rire comme bon te semble : je n’écris que sur des sujets sur lesquels j’ai pris du recul (justement pour pouvoir en rire) (parfois avec l’aide de quelques cocktails, je l’avoue), donc pas de culpabilité qui tienne !
      Quelque part c’est très mignon, de croire que mon blog est tellement lu. Et quelque part c’est assez dévalorisant qu’il ait l’air de croire que je suis assez tarte pour ne rien anonymiser 🙄

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    • Aaah les papa ! 🙄 Le mien est en stress dès que j’attaque quelque chose en mode « tu vas te planter, tu vas te planter je te dis ». Et dès que je réussis « je le savais, je n’ai jamais douté de toi et je t’ai portée / soutenue vers la réussite » 😆

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