Impasse des cassos

Dites donc il m’en est encore arrivé de belles au travail, rien que cette semaine il y a eu une panne informatique à la Poste, du coup la révolte a grondé parmi les clients, certains se sont même exclamés « ah bah mon vieux, bravo la Poste ! », c’est vous dire si la situation était délicate.

Il y a bien sûr eu une dame qui a bousculé tout le monde pour passer en disant que son taxi l’attendait et qu’elle devait aller à la clinique et qu’elle voulait donc passer en priorité, alors que BON, personnellement je devais ensuite aller acheter un sandwich, mais je n’ai embêté personne avec ça.

Remarquez j’aurais peut-être dû, parce que quand je suis arrivée au U Express il n’y avait plus de sandwich cheddar-jambon, et j’ai du me rabattre sur un jambon cru-emmental, ce qui n’est pas du tout pareil.

Enfin ç’aurait pu être pire, j’aurais pu militer au FN, je n’aurais quand même pas eu mon sandwich et je n’aurais même pas pu dire que c’est la faute des arabes et des musulmans et des migrants et salaud de Macron (ah ça si c’est bon, c’est le capitalisme qui n’a pas su s’adapter à ma demande, OUF).

Bref, en ce moment je dois dire que c’est plutôt calme – en même temps mon patron s’est acheté un bateau et une voiture en trois semaines donc il doit être super occupé à faire joujou avec (quand je pense que Grédéric ose lever les yeux au ciel quand je rentre avec une nouvelle paire de chaussures …), et du coup comme il est de bonne humeur, j’en ai profité pour lui faire dire oui au fait de virer mon assistant même si c’est son chouchou, et surtout, SURTOUT il a dit oui pour embaucher plutôt quelqu’un de compétent et intéressé par le poste, au lieu de toujours prendre des copains d’amis de cousins.

Voilà voilà.

Sinon, en mars dernier (je crois) on avait reçu un courrier des huissiers, nous réclamant le paiement de factures payées depuis au moins trois mois (OK on a plein de dettes, mais franchement pour une fois qu’on paye les factures, merci de nous laisser tranquilles). Du coup j’avais gentiment appelé pour prévenir qu’il y avait une erreur, la dame avait dit ah d’accord on va voir avec notre client désolée, et là on a reçu un autre courrier disant qu’on n’avait toujours pas payé et que c’était scandaleux, avec carrément des menaces de LIQUIDATION JUDICIAIRE EN MAJUSCULES et plein de frais TRES ONEREUX.

Han, la trouille.

Personnellement j’aime beaucoup ce genre de situation, parce que ça me rappelle qu’on n’est pas les seuls à subir une Josy de la compta (même si évidemment, la nôtre est inimitable, mais enfin on relativise comme on peut).

D’ailleurs en parlant de Josy, je suis très très triste, parce qu’un nouveau chef d’équipe a été recruté, et du coup cette personne fait office de filtre entre Josy et moi, et je n’ai hélas plus accès à toutes ses conneries, ce que personnellement je trouve tout à fait regrettable, mais bon.

Bref.

Donc, le boulot.

En ce moment ça se passe plutôt bien, j’ai des horaires décents et j’ai même le temps de déjeuner le midi (je veux dire : sans manger une bouchée entre deux mails) ; je crois que mon patron m’a fait passer une série de tests, et maintenant qu’il sait que j’ai une résistance nerveuse à toute épreuve, il a lâché l’affaire.

(En même temps, je l’avais prévenu : j’ai été réceptionniste.)

Bref bis, mon patron s’est plutôt calmé – parfois, il passe des journées entières sans m’appeler, mais alors quand il m’appelle, croyez-moi ça vaut le coup.

– Oui alors je vais t’envoyer un document qu’il faudrait que tu imprimes parce que c’est chiant j’ai pas d’imprimante chez moi faut dire que j’en ai pas beaucoup l’utilité mais dans ce genre de cas tu vois je pourrais le faire moi-même et ça m’éviterait d’avoir à te demander de le faire, bon c’est pas chiant mais quand même on gagnerait du temps et je serais plus indépendant, il faudrait que je voie avec Jean-Mi quel modèle il faudrait que j’achète, ce serait vraiment une petite imprimante tu vois, pas un gros truc parce que ça j’en ai pas besoin, vraiment juste un petit modèle. Bon de toutes façons je vais demander à Jean-Mi, j’espère qu’il saura et sinon  je me renseignerai. Donc je t’ai envoyé un document, tu l’imprimes, tu le signes pour moi et tu l’envoies à l’adresse indiquée dessus, d’accord ? Si t’as des questions tu m’appelles.

Notez que je préfère ça aux appels de ma collègue pour me poser des questions à base de « Mais comptablement, je dois faire comment ? », ce qui donne invariablement lieu au dialogue suivant :

– Je sais pas, je suis pas comptable.
– Bah oui mais moi non plus.
– Ben appelle la compta.
– Ouais t’as raison je vais faire ça.

(Fiouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu)

Et ça Messieurs Dames, c’est la traduction habituelle de la phrase que 99% de mes collègues prononcent quand ils ne savent pas quoi faire dans une situation, à savoir : « Chépa, moi, appelle Anna ! ».

(Le 1% restant, c’est moi)

Genre la dernière fois, c’était un peu la merde parce que des clients avaient privatisé l’un de nos restos, et ils avaient apporté leurs boissons (et le dessert je crois, mais bref ça on s’en fout), sauf qu’a priori après la soirée, des gens se sont servis dans ce qu’il restait, et donc forcément il manquait des bouteilles quand les clients ont voulu récupérer les restes. Du coup on a dit aux clients que bon ben désolé on va vous rembourser, sauf que : le manager du resto ne veut pas que mon patron l’apprenne, du coup son assistant m’a appelée pour savoir comment faire.

(Fatigue, fatigue)

Cela dit, c’est pas compliqué : faut faire du black, vu que par virement ou chèque ça va se voir en compta.

– Ouais mais j’aime pas faire du black. On peut vraiment pas faire autrement ?
– Non. Et d’abord pourquoi tu me demandes ça ?
– Bah on savait pas comment faire et Tom m’a dit de t’appeler.
– Et pourquoi moi ?
– Il a dit que tu trouverais forcément une solution.

Un jour je vais résoudre tous mes problèmes en démissionnant, ça va pas faire un pli, c’est moi qui vous le dis.

Enfin si, ça va faire un pli, parce que ça va faire un truc du genre :

– Jean-Mi, on a un problème, Anna démissionne ! On fait quoi ?
– Chépa, moi, appelle Anna, elle va forcément trouver une solution !

Mais je m’égare, je m’égare.

(C’est parfois si bon de s’égarer, vous n’avez pas idée)

Sur ce, je vous abandonne pour retourner à la mine, car comme le dirait justement mon patron qui vient de s’acheter une nouvelle voiture à cinquante mille euros, « faut bien travailler pour essayer de s’en sortir ».

(Oui)

(Tout à fait, tout à fait)

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8 réflexions sur “Impasse des cassos

    • Je pensais le contraire quand j’étais AED ; mais je crois qu’en fin de compte, les ados étaient quand même plus faciles à gérer ! 😀

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  1. Pour les petits problèmes entre Israéliens et Palestiniens, t’aurais bien une petite solution à proposer ? Je dis ça parce qu’on a à peu près tout essayé et bon… Rien n’a marché donc avec toi… Tout devrait s’arranger non ? Ta réputation te prècède ! Tu es l’égérie, que dis-je le Graal de tous les chasseurs de têtes en ce bas monde !

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