– 328 –

La semaine dernière on a eu un exercice de confinement à l’école – pour ceux qui auraient raté un épisode, c’est un exercice de réaction à une attaque terroriste, donc en gros c’est comme quand il y a un exercice incendie, mais pour les attentats. Et donc quand la sonnerie retentit, on doit se confiner (eh oui !) dans la salle de classe où on est : on ferme les fenêtres, les volets, on verrouille la porte d’entrée, on éteint toutes les lumières, et on se planque sous la table.

Bon déjà j’ai dit c’est mort, par terre c’est dégeulasse, c’est le début de semaine, je vais pas déjà salir mon uniforme, faut pas déconner.

(Non mais oh)

Bref l’alerte a fini par être déclenchée – normalement on doit être pris par surprise, mais on était un peu tous au courant dans la classe, histoire que personne ne nous claque entre les doigts à cause du stress provoqué par l’exercice (il y a quelques petites natures dans le lot). On a fermé les fenêtres, verrouillé la porte, la prof a suivi la procédure pour dire combien on était, dans quel état etc. (- Personne en état de panique ? – Non, par contre moi j’ai faim), mais on n’a pas éteint le rétroprojecteur parce que la prof voulait continuer le cours.

(Dans le noir)

(C’est beau d’y croire)

(Même si ça n’a pas duré longtemps)

Et, bon.

Très honnêtement, si un jour je devais être prise dans une attaque avec ma classe, je préfère prévenir tout de suite : je ne reste pas confinée avec eux, je sors directement me signaler aux terroristes (si bien sûr, la Désagréabilité ne les a pas déjà envoyés se raser et mettre une cravate pour être en conformité avec le règlement du lycée) (et surtout qu’ils éteignent bien la lumière derrière eux, parce qu’on est un établissement éco-responsable), parce qu’il est HORS DE QUESTION que je subisse une nouvelle fois les :

– Non mais vous vous rendez compte ? On peut pas se confiner POUR DE VRAI, les portes ont une partie vitrée ! Ca fait de nous des cibles de choix !

(Hinhin, heureusement que les murs derrière lesquels on doit se cacher sont en placo, ça au moins ça nous protège)

– Non mais moi t’façons le jour où y’a une attaque, je m’allonge derrière la porte, et dès qu’ils ouvrent la porte pour nous tuer, j’attrape le premier par les chevilles pour le faire tomber !

(Parce que oui, tout terroriste qui se respecte frappe à la porte avant d’entrer) (on est dans un lycée hôtelier, oui ou merde ?)

– Ouais et là on lui chope son arme et on la retourne contre lui !

(Oh oui, surtout si c’est une grenade)

– Non mais imaginez, on nous a dit que c’est un exercice mais si ça se trouve, c’est une VRAIE attaque et on ne le sait pas !

Phoque very interesting

– Pourquoi on n’entend pas le message pour nous dire que c’est bon et qu’on peut sortir ? Vous croyez qu’il y a un problème ? On va devoir rester là toute la nuit ?

(Moi j’ai prévenu : je ne dors pas sans m’être démaquillée donc terroristes ou pas, je rentre chez moi à la fin de la journée)

– Mais et si c’est une attaque chimique ? Ca sert à rien de fermer les volets, et on peut pas rester des jours dans la salle, on va mourir de faim et de soif avant de pouvoir sortir !

(Comme je suis sadique, j’ai dit « Oh y’a pas que les attaques chimiques, c’est tout ce qui est NRBC en général » « Mais c’est quoi NRBC ? » « Nucléaire, radiologique, biologique et chimique. » « Oh mon Dieu imaginez si la centrale de Fessenheim explose on va tous mourir oh mon Dieu mon Dieu mon Dieu mon Dieu mon Dieu ») (Bon en fait je suis sadique et un peu conne, parce que du coup ça a fait monter le niveau de stress des trois chochottes)

– Mais comment ils veulent qu’on bloque la porte avec des tables et qu’on se cache en-dessous en même temps ? On peut pas se cacher sous les tables qui sont contre la porte, quand même !

(Hmm, voyons : douze élèves, un professeur, trente-cinq tables, un bureau, trente-six chaises : oui en effet, ça risque d’être juste)

Bref au bout d’un moment j’ai arrêté d’écouter pour envoyer des snaps à ma copine confinée trois portes plus loin, et au bout de quarante-cinq longues minutes, le message nous autorisant à sortir a été diffusé – sauf que BIEN SÛR, personne n’a voulu sortir parce que « Mais on peut vraiment sortir ? Y’a aucun danger ? Non mais je veux pas sortir en premier, franchement moi je reste dans la salle ».

Quadruple facepalm

(J’ai pris mes affaires, j’ai dit au revoir à la prof et je suis partie)

Et après, mes copines me disent que j’ai de sacrés cernes, quand même.

Tu m’étonnes, Ginette, tu m’étonnes.

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6 réflexions sur “– 328 –

  1. Ca laisse rêveur…
    Ou plutôt songeur.
    45 minutes sous la table ? Avec des énergumènes pareilles ? Dis-moi que leurs remarques, là, c’était de l’ironie ? Hein ? Elles disaient pas ça pour du vrai ? Elles n’y croyaient pas vraiment ?

    J'aime

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