Dame pipi, épisode 4 : les raisins du désespoir

Je vous ai décrit quelques pans de l’univers dans lequel j’ai été plongée un mois durant, grâce à de drôles de billets à la fois hilarants et sans concessions, qui croquent des scènes de la vie quotidienne avec tendresse et légèreté, mais sans superficialité. (Je m’entraîne pour quand je devrai pipeauter les critiques du best-seller que sera mon prochain livre) (mais si, vous savez ? Celui dont j’écris environ 60 mots par an)

Il y a cependant une facette de ce travail dont je ne vous ai dévoilé qu’une infime partie avec le plan drague de Frédéric-la-grosse-chaîne (que je n’ai d’ailleurs pas revu) (quel dommaaaaaaaaage) : les usagers.

Parce que si vous pensiez que la population lambda entre dans les toilettes, fait ce qu’elle a à faire et ressort en ayant ou non laissé un pourboire (« ou non » étant l’élément crucial de la phrase dans 95% des cas) (les gens sont radins) (parce que sur environ 1 500 adultes qui sont passés par mes toilettes, environ soixante d’entre eux m’ont laissé un pourboire) (c’est effarant, n’est-ce pas ?) (si, ça l’est), vous commettez une grave erreur – mais ce n’est pas grave, je suis là pour rétablir la vérité dans toute son indicible horreur.

There, there ...

Notez d’ailleurs que la sortie n’est pas l’étape la plus difficile à franchir – quoique certaines personnes aient frénétiquement tourné sur elles-mêmes en paillant des « euh … Euh … La sortie … ? » (bah par la porte, hé, la même que celle par laquelle vous être rentré) ; non, le plus compliqué, c’est de trouver les toilettes, La Cabine Élue.

Voyez-vous, la plupart du temps, on essaye de vous faciliter la vie et du coup, on choisit pour vous si vous devez aller à gauche ou à droite, selon que vous êtes un homme ou une femme. Parce que bon, déjà que vous avez plein de choix à faire dans la vie (McDo ou Pizza Hut ? Partager l’addition ou l’inviter ? Coucher le premier soir ou le deuxième ? Arsenic ou ciguë pour Belle-Maman ?), on ne veut pas vous en imposer un autre, on veut que vous soyez détendu et relaxé. Et pour que certains ne soient pas obligés de parler aux dames pipi pour savoir où aller (brrrrrrr) (faudrait quand même pas trop les considérer comme des égaux) (si ça continue comme ça, les bonnes femmes vont finir par avoir le droit de voter, les pédés de se marier et ce sera la fin du monde) (on verra si vous rigolerez toujours quand on y sera), bref, on vous balise le chemin avec des petits dessins de ce genre :

Image 26

Et malgré tout, on voit des gens qui déboulent dans les WC, et …

– Monsieur, c’est en face pour les hommes.
– Hein ? C’est pas là les toilettes ?
– Si, mais ici c’est pour les femmes. Les hommes, c’est en face.

Non mais bon, on serait en Ecosse, je comprendrais que le dessin représentant traditionnellement une femme en France puisse être mal interprété, mais enfin tout de même.

Il y a aussi les gens qui entrent, voient une porte, et essayent donc de l’ouvrir à tout prix, quitte à secouer la poignée dans tous les sens et à faire trembler les murs (le jour où le préfabriqué sera gage de solidité et de pérennité, faites-moi signe) – le genre de truc qui m’a fait dire une multitude de fois « c’est fermé, les toilettes c’est à gauche » d’une voix morne et sans même lever les yeux mon bouquin.

Enfin ça, c’est quand les gens s’acharnent sur les portes sans venir me sauter à la gorge avec un :

– C’EST FERMÉ ?

Ouais ouais, j’ai pas envie de tout nettoyer alors j’ai tout fermé, comme ça personne ne me salit quoi que ce soit et je peux rentrer plus tôt chez moi ce soir.

Collectif

– Bah c’est que c’est occupé, faut attendre …
– Ah …

C’est comme les gens qui arrivent, me voient avec ma petite coupelle, se figent et font :

– Ah … C’est payant …
– Non c’est gratuit, c’est marqué à l’entrée en trois langues, Ducon.
– Aaaaaaah, j’avais pas vu !

SANS. BLAGUE.

Ou encore, ceux qui me voient assise, là, dans mon aquarium, avec ma blouse jaune (qui ne me va pas) (le jaune ne va pas aux blondes, c’est écrit dans La Princesse de Clèves) (pour de vrai), des gants dans la poche droite, des Crocs aux pieds, et qui me demandent :

– C’est vous qui surveillez les toilettes ?

Alors là pas du tout, j’ai trouvé la tenue dans un sex-shop et je m’habitue à la porter, histoire de ne pas me sentir déguisée pour quand je ferai la surprise à Grédéric.

– Oui, c’est moi.
– Ah, d’accord.

Ou tenez, la mère qui entre dans les toilettes avec son gamin, pieds nus, à qui je signale poliment que comme indiqué sur la porte d’entrée, les enfants n’ont pas le droit d’être pieds nus dans les toilettes, et que donc s’il vous plaît il faudrait aller lui mettre ses chaussures :

– Oui oui je sais, il les mettra la prochaine fois.
– Mais Madame c’est maintenant qu’il faut qu’il les m…
– Je vous ai dit qu’il les mettrait la prochaine fois !

Bree fusil

Ah oui, il y a aussi eu la nana qui a quasiment défoncé la porte fermée à clef pour entrer (un tour de clef ne suffit donc pas toujours pour verrouiller une porte), a sali tout ce que je venais de nettoyer et est repartie avec un petit sourire gêné quand je l’ai grillée (c’était mon dernier jour, j’ai hésité entre l’engueuler et pleurer, mais j’avais plus beaucoup de temps alors j’ai préféré la boucler et nettoyer ses saloperies), ou encore les gens qui s’accrochent à la grille (verrouillée), la secouent en essayant de l’ouvrir, et finissent par hurler :

– IL Y A QUELQU’UUUUUN ? C’EST FERMÉÉÉÉÉÉÉ ?
– Oui ça ferme à 18:30, c’est écrit sur le panneau en face de vous.
– Mais faut que j’aille aux toilettes !
– Je suis désolée, mais c’est fermé.
– Mais alors je fais comment ? Pourquoi je peux pas rentrer quand même ?
– Ah ben non, si vous rentrez et qu’il vous arrive quoi que ce soit, c’est moi qui me fais virer et qui risque de me retrouver avec un procès sur le dos, donc non.
– Mais je vous promets que je ferai bien attention !
– Oui mais non, je suis désolée mais vous ne pouvez pas rentrer.
– Mais je fais comment pour aller aux toilettes ?

Ask Jesus

Indice 1 : je ne sais pas.
Indice 2 : d’ailleurs, je m’en contrefiche.
Indice 3 : je ne suis pas assistante sociale, je ne suis pas là pour régler vos problèmes (sauf s’il s’agit de remplacer le rouleau de papier).

Un autre truc qui me turlupine encore – outre la manière dont un urinoir peut fièrement arborer des traces de selles -, c’est la manière dont les hommes choisissent l’urinoir à utiliser : sur un mur offrant cinq urinoirs pour adulte et un pour enfant, placé nettement plus bas et signalé par un écriteau « Enfants/Kinder/Children », celui-ci sera choisi par la plupart des adultes. Pourquoi ? Comment ? Des mutations génétiques vous conduisent-elles à avoir la bite (pardon Maman) qui pousse au niveau des genoux ?

Enfin bref.

Permettez-moi de conclure ce billet avec les mots de LeChef quand je suis allée rendre mes affaires : « bonne continuation, et à bientôt !* »

.

.

* »Compte là-dessus et rame ! », n’ai-je pas osé lui répondre.

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16 réflexions sur “Dame pipi, épisode 4 : les raisins du désespoir

    • Et moi, j’ai bien cru pleurer quand le salaire récompensant mes déboires est parti en frais d’équipement en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire 😦

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  1. C’est très underground, les toilettes de Strasbourg.
    L’espèce humaine est pleine de ressources insoupçonnées, quand il s’agit de satisfaire un besoin naturel presssssssant.
    (je ne comprends pas POURQUOI tu ne veux pas y retourner)

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    • Je pense surtout que les gens ne regardent pas autour d’eux – exactement comme dans la rue ou les magasins, ou dans le tram, ou … Enfin bon, tu vois ce que je veux dire ^^

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