Je n’aimerais pas être voisine de tombe avec Jane Austen.

Mercredi dernier (ou jeudi ?), je suis entrée dans une librairie en vue d’acheter une carte pour un swap et de faire une étude de marché des plans de Londres. La vie étant ce qu’elle est (et ayant abordé le sujet Jane Austen sur Internet quelques heures plus tôt), je suis repartie avec ça :

Bah j’aurais pas du.

J’aurais du me méfier : une suite d’Orgueil et Préjugés racontant l’histoire des cinq filles Darcy (hohoho tiens donc) et de leurs deux jeunes frères auxquels deux lignes sont consacrées (hohoho tiens donc bis), séjournant à Londres pendant que leurs parents sont à l’étranger … HOHOHO TIENS DONC. Les cinq soeurs, donc : l’aînée, Letitia, est romantique-neuneu à souhait, reste fidèle à un fiancé disparu (qui réapparaît) et se lance à corps perdu dans la religion. La suivante, Camilla, est une jeune personne pleine d’esprit qui n’a pas sa langue dans sa poche (HOHOHO TIENS DONC). Viennent ensuite les jumelles, Belle et Georgina, qui ne vivent que pour les flirts et les froufrous (je ne hohohotiendoncque même plus, à ce stade), et enfin Alethea (Alethea, sérieusement ?), qui aime la musique, cache bien son jeu et n’a pas sa langue dans sa poche non plus. On retrouve aussi Caroline Bingley (qui a réussi à se caser entre temps, si si), Lydia qui s’est remariée mais pas assagie, et Fitzwilliam qui s’est marié deux fois, a eu des enfants et héberge les cinq Darcy. Ai-je besoin de préciser que les cinq sont de très jolies filles toutes au charme différent mais ô combien ravageur ?

L’histoire aurait pu être pas mal, mais … comment dire ? La jeune femme qu’on empêche d’aller dans le monde, frivole, qui s’enfuit avec son amant … Déjà vu. La jeune fille pleine d’esprit qui s’amourache d’un homme qui ne veut que la manipuler, l’éconduit et finit par s’apercevoir qu’elle est amoureuse du fiancé de sa cousine, celui qui dénoue toutes les situations et aide à retrouver sa soeur qui s’est enfuie … Déjà vu. Le pasteur über envahissant et rasoir ? Déjà vu aussi. Ajoutez à cela un langage qui m’a plus d’une fois fait hausser les sourcils (un souci de traduction, peut-être ? Ou peut-être pas), une totale incohérence dans l’évolution d’une bonne partie des personnages déjà présents dans O&P (Darcy qui laisserait ses filles écervelées en liberté à Londres, sérieusement ? Caroline Bingley qui ne trouve rien de mieux à faire qu’approuver son beau-fils qui veut pourrir la réputation des Darcy, sérieusement ? Elle valait largement mieux que ça !) et une espèce de euh … érotisme à la manque, avec Fitzwilliam qui « regarde les seins » des jumelles, de Machine qui « est en train de coucher » avec Truc, tel prétendant qui préfère les hommes … Même les thèmes abordés (repris, devrais-je plutôt écrire) tels que la condition féminine ou la société de l’époque sont mal traités : pas vraiment d’humour (ou alors le trait est trop forcé), de la répétition (« ha, que les hommes ont de la chance de pouvoir faire ce qu’ils veulent ! ») …

Et puis, les quinze dernières lignes du bouquin, pleines de sensoualitayyyy qui m’ont fait rire nerveusement :

 » […] les jeunes gens se retrouvèrent enfin seuls, dans l’immense chambre à coucher qui avait déjà vu naître plusieurs générations.
– Dois-je souffler la bougie ? demanda-t-il en étreignant Camilla par la taille et en embrassant ses cheveux détachés.
Elle l’entoura de ses bras, savourant le plaisir de le toucher, de l’entendre, de sentir son odeur – savourant sa présence toute entière.
– Laissez donc. Quel besoin avons-nous d’être dans le noir ? »

Ouuuhhh, quelle chaudasse cette Camilla !

Alors bon. Je sais bien qu’il ne peut pas y avoir de suite parfaite, que peut-être j’aurais été déçue par une suite écrite par Austen elle-même ; il n’empêche que quand on veut succéder à quelqu’un qui fait commencer son roman par « It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife. », on le fait correctement ou on s’abstient. Parce que « La ville et la campagne sont deux mondes bien différents. Qu’importent la valeur de leur fortune et leur maîtrise de soi, les jeunes filles élevées à la campagne se doivent de rester vigilantes lorsqu’elles viennent à Londres », ça fait un peu « introduction du pauvre » comparé à l’oeuvre de référence. Enfin bref.

En résumé ? Un Harlequin qui ne s’assume pas.

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16 réflexions sur “Je n’aimerais pas être voisine de tombe avec Jane Austen.

  1. Je suis bien heureuse de ne pas l’avoir acheté 🙂 Je sentais à plein nez le coup du mauvais bouquin qui est là juste parce qu’assuré de faire un carton vu la référence.

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  2. Une suite écrite par un autre auteur ne peut jamais reprendre le même univers, le même style. Mieux vaut composer sa propre histoire ! Bises

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  3. Ton article m’a beaucoup fait rire!! Merci! Je savais d’avance que ce n’était pas un chef d’oeuvre donc j’ai failli m’y amuser jusqu’à la fugue!! Complètement ridicule!! Je ne comprends vraiment pas comment les éditeurs choisissent ce qu’ils vont traduire alors que si Jane Austen les intéresse, il y a vraiment de bons livres qui existent autour de son univers!

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  4. Tu as essayé de jeter un oeil sur « La mort s’invite à Pemberley », de PD James ? (J’ose pas trop, si c’est nul j’aime autant avoir ton avis, haha ! )

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    • J’ai pas trop fait attention, je l’ai trouvé vaguement jolie, c’est seulement après que j’ai vu l’intérieur et les zigouigouis imprimés pour faire romantique ou chépakoi.

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