Militons pour la création d’un FLCA (Front de Libération des Cellules Adipeuses).

Je voudrais te parler à toi, lectrice amatrice de magazines féminins (et je suis sûre que toi, lecteur, m’approuveras en tous points) (sinon tu peux faire semblant).

À toi, lectrice, qui vas encore fusiller ta cellulite du regard après cet énième article de Cosmonulitan, Glamort ou autre Hell, qui aura pris soin, l’été approchant, de consacrer moult pages à son dossier spécial ‘corps lisse, ferme, musclé, sculpté : vous en mieux avec quelques os de moins’. Toi lectrice, qui auras scruté chaque photo de ce dossier, offrant à ton impitoyable regard des mannequins photoshoppés/sans un pet de cellulite/parfaitement bronzés/de 14 ans/à la cuisse ferme et musclée/au mollet fuselé comme tu en rêves/au ventre platissime même pliée en deux/à la fesse fière et bombée merveilleusement dessinée (non, ne raye pas de mentions inutiles, j’ai ce genre de dossier sous les yeux).

Toi, lectrice, qui soupires en observant tes blanches cuisses alimentées avec enthousiasme en Nutella depuis la fin de l’été dernier, ton ventre si avide de compliments qu’il ne peut s’empêcher de pointer vers l’avant pour qu’on le remarque, toi lectrice qui ne mets pas de jupe ou de robe un peu moulante de peur qu’on te demande si tu es née en Ukraine vers 1986, toi, lectrice (au cas où tu n’aurais pas compris que je te parle), laisse-moi t’expliquer deux-trois détails.

C’est que vois-tu, les équipes qui ont réalisé ces dossiers n’ont pas conscience. Elles n’ont pas été initiées à la vérité absolue (et non, pour une fois je ne parle pas de Vodka) (ou plus probablement et de manière moins théâtrale, elles essayent de t’entuber pour justifier leur salaire).

Elles ne savent pas que ça ne sert à rien d’essayer de te vendre leur salade (et de t’en faire avaler), parce que de toutes façons, ma poulette, tu es grillée.

Ouais.

Tu pourras faire tous les régimes que tu veux, lire tous les dossiers que tu veux, t’affamer, avaler des épinards au quintal, te mettre un entonnoir dans le bec pour t’enfiler des Gerlinéa à la douzaine, TU ES GRILLÉE TE DIS-JE.

Par à peu près n’importe quel homme que tu croises dans la rue et qui a vu défiler quelques specimens humains femelles dans son lit.

Cet homme-là vois-tu, et je te parle de l’homme qui a du vécu, dont le cuir est tanné et qui aime la cravache, sait que ton steack-frites va entraîner un enthousiasme abdominal de ouf, que si tu t’assieds sur la plage ta cuisse va décider de se rapprocher de sa mère la terre par ce phénomène d’affection qui s’appelle la pesanteur, que ton mollet à peu près coopératif quand tu te perches sur dix centimètres de talons va se croire au Club Med dès que tu auras le malheur d’allonger tes jambes, et cet homme-là ne t’en voudra pas.

Il sait aussi qu’il peut t’arriver d’avoir le nichon dépressif, le poil d’humeur joyeuse et envahissante, la fesse bloblotante, la cuisse flambyesque, le cheveu qui se croit en cuisine chez McDo avec des ambitions che guevaresques alors que tu essayes de te coiffer, le bras qui se prend pour du Taillefine 0%, les orteils en knacki-ball au ketchup, et j’en passe et des meilleures (de toutes façons, tu sais très bien de quoi je parle. Et si tu es une de ces vilaines toujours fermes et sans cellulite, tremble ma fille, UN JOUR TU SAURAS CE QUE C’EST, et là tu feras moins la maligne) (et ça se trouve du coup tu n’as pas de poitrine, tu ne repasses plus tes fringues et tu es allergique aux oeufs au plat tellement ça te rappelle ton anatomie. Donc finalement, je te parle aussi) (non, je n’ai rien contre les filles plates. Juste un léger contentieux à régler avec une boobs-free-girl de ma plus ou moins connaissance) (mais passons), cet homme-là disais-je, ne t’en voudra toujours pas (si ses neurones se connectent correctement).

Je disais donc, jamais, toi la fille normale née de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde (ou d’un petit oeuf et d’une petite graine selon les versions), tu n’atteindras les sommets de pseudo-perfection qu’on essaye de te vendre – sommets nés, je te le rappelle, de la rencontre de Photoshop et d’un ordinateur. Fais donc un régime si tu en ressens le besoin pour te sentir mieux, mais ne cherche pas à te conformer à l’idéal qu’on essaye de te vendre. Et reprends donc un peu de tiramisù, pour changer.

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10 réflexions sur “Militons pour la création d’un FLCA (Front de Libération des Cellules Adipeuses).

  1. Bravo !! J’adore ton billet et ton style en général !! Tu as si bien résumé une situation aberrante. Merci !

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  2. Comme tu le sais, je trouve ton billet FABULEUX! C’est drôle, très juste, piquant et comment ne pas s’y reconnaître? Et vive le Tiramisu (pour moi, là, tout de suite, ce sont des M&M’s, héhé). Bon weekend!

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  3. Est-ce que je peux reprendre de la pannacotta, aussi?
    Sérieux, tu as raison mille fois maiis n’empêche… Je continue à culapbiliser de pas etre totalement parfaite sans photoshop.

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    • Il m’arrive d’avoir envie d’être plus mince, plus grande, plus ceci, moins cela …, rassure-toi 🙂 Mais bon, je ne pourrai jamais être naturellement photoshoppée, alors autant se faire plaisir au lieu de courir après un idéal inatteignable !

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  4. Un mot : sublime!!!! Comme le corps d’une femme qui s’assume 😉
    Merci pour ces mots : un vrai régal…ok, ok, il y a un peu plus d’un mot (c’est comme les calories, les mots, on n’en voudrait le moins possible et au final, il y en a toujours plus qu’il n’en faut…)

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