Toujours pas trouvé de titre, la situation commence à devenir critique.

C’est officiel, l’association des parents d’élèves de l’établissement dans lequel je travaille a encore frappé.

Bon, je critique un peu, mais sachez avant toute chose que j’aime beaucoup sa secrétaire (qui est accessoirement la seule personne à répondre quand on dit bonjour en entrant dans une pièce) (bon, en même temps c’est ma mère, c’est sûr que ça aide), et puis j’aime aussi beaucoup la présidente de l’association. Une femme unique en son genre, qui me dévisage et m’examine de la tête aux pieds quand je la salue, et se retourne aussi sec pour continuer sa conversation (c’est vrai que ça ne fait que presque dix ans qu’elle me connaît, c’est un peu just pour mémoriser un visage, et puis la politesse c’est tellement surfait), mais qui, malgré les apparences, m’apprécie beaucoup. Par exemple, depuis presque trois ans que je suis pionne, j’apprends à chaque rentrée de septembre qu’elle a fait courir le bruit que j’avais l’intention de démissionner pour une raison X ou Y – j’aime toujours apprendre à me connaître grâce aux autres, c’est tellement enrichissant ! Qui pourrait se plaindre d’être l’objet de telles attentions ?

Mais aujourd’hui était un jour un peu spécial : la Présidente et ses Acolytes ont décidé de mener une mission d’observation par infiltration à la cantine (là où c’est trop bien et the place to be (pour moi) parce que je remplace une collègue, donc c’est moi qui décide qui vient manger et quand, JE SUIS DIEU !).
Honnêtement c’était bien cool, parce qu’entendre des phrases genre « viens on se met derrière elle » (je crois que l’usage de mon prénom tue des chatons), « toi mets-toi plutôt là, Jeannine tu surveilles la salle depuis cet endroit, Angèle regarde à droite », bah laisse-moi te dire que ça te donne directement l’impression d’être dans NCIS (j’aime bien NCIS). Manquaient juste les micros intégrés aux montres – mais tout le monde sait que la vraie vie c’est pas comme dans les séries américaines, et qu’en plus les coupes budgétaires n’épargnent personne, et malheureusement pas les petites structures.

 Auras-tu le coeur de le mettre à mort en prononçant quelques syllabes ?

Après c’était moins rigolo, parce que la Présidente m’a posé des questions, comme par exemple « hhmmm alors, tu fais rentrer les élèves deux par deux ? », c’était un peu flippant ce ton de KGB-girl, mais elle a été bien obligée de me croire quand elle a vu que je faisais effectivement rentrer les élèves deux par deux et que j’ai fichu dehors ceux qui voulaient rentrer en groupe (je suis Dieu, bordel, et je suis sortie major de l’ESRA, j’ai une réputation à maintenir) (ah oui si tu veux tout savoir, l’ESRA c’est l’Ecole des Surveillantes Revêches et Acariâtres). Après elle m’a aussi demandé si tous les primaires pouvaient manger en même temps, j’ai répondu « non » d’un ton plus assuré parce que bon, j’y peux rien si une salle d’approximativement 80 places ne peut pas contenir plus d’une centaine de personnes. Mais ça va, la Présidente l’a bien pris, elle a même hoché la tête d’un air inspiré et pénétré (par contre je crois qu’elle a moins apprécié quand je lui ai répondu en haussant les sourcils que la dame rousse avec le manteau noir s’appelait L., qu’elle portait une robe et non pas un manteau et qu’elle travaillait ici depuis un an et demi) (mes sourcils sont très expressifs, surtout lorsqu’il s’agit de faire comprendre qu’on me les brise menu-menu) (là, Angèle s’est un peu fait taper sur les doigts parce qu’elle ne regardait pas au bon endroit) (il faut respecter les ordres et la hiérarchie lors d’une mission de ce type, sinon ça met trop de vies en danger).

J’aurais bien aimé que ça continue encore un peu (j’adore m’imaginer en Mata Hari ou assimilée), mais la titulaire du poste de Dieu est arrivée, donc je suis descendue surveiller les perruches lycéens dans leur cave (ouais moi je travaille dans une cave et j’ai les cheveux directement sur un radiateur, ne t’étonne plus que je pleure sur mon capillariat). Et puis je risquais de ne pas arriver à me retenir de rigoler expressivement des sourcils en voyant la Présidente donner des leçons de politesse aux élèves (elle a un peu compromis la mission en voulant faire notre boulot, c’est fou ces gens incapables de rester discrètement en planque et qui se sentent obligés de s’agiter dans tous les sens pour montrer qu’ils existent) (alors que bon, quand on a une couleur de cheveux inédite sur n’importe quel nuancier d’un peintre en bâtiment et qu’on fait à peu près un mètre cube, y’a peu de chances de passer inaperçue) (enfin je dis ça, je dis rien) (j’ai rien contre les gens qui dépassent des contours, sauf quand je ne les aime pas. T’façons quand j’aime pas quelqu’un, je transcende sa personne de mon inimitié) (c’est pour ça que la plupart du temps je préfère ignorer les gens, c’est moins fatigant et plus économique).

Et sinon, si toi aussi tu as envie de vivre une traque policière de l’intérieur, sache qu’on recrute.

Publicités

6 réflexions sur “Toujours pas trouvé de titre, la situation commence à devenir critique.

  1. Ah, oui, je confirme : le pion de la cantoche, c’est Dieu. moi, je lui faisais tout le temps de la lèche… Je sais, c’est bad… Mais à la cantine, tous les moyens sont bons pour (mal) manger !

    J'aime

    • Hinhinhin mais ces pauvres petits ne m’aiment pas assez pour avoir envie de me cirer les pompes 😀 (en plus de savoir que ça a le don de m’énerver et que s’ils insistent trop, je les renvoie en bout de queue)

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s