« On offre l’empire de Russie comme une tasse de thé, à l’un, à l’autre, et personne n’en veut ! »

J’ai profité des mini-vacances dont je vous rebats les oreilles depuis une bonne semaine pour me replonger dans La Lumière des Justes, un de mes livres préférés. Il raconte l’histoire de Sophie et Nicolas Ozareff, balayant une époque qui va des défaites napoléoniennes à la guerre de Crimée.

Ils se rencontrent à Paris, en 1814, lorsque les troupes alliées contre Napoléon occupent Paris ; Nicolas est un jeune officier russe, Sophie une aristocrate républicaine. Tout les oppose au départ, mais Nicolas tombe rapidement amoureux ; après quelques péripéties, Sophie finit par accepter de l’épouser et de le suivre en Russie.

L’histoire pourrait être celle d’un couple tout à fait banal, si la psychologie des personnages et la trame historique sur laquelle s’appuie Troyat n’étaient pas si finement brossées et pensées : le père de Nicolas est un gros connard égocentrique sert de support à la majeure partie de l’intrigue qui se déroule dans la maison familiale; il est plein de contradictions, paradoxal mais terriblement humain, si habitué à régner en despote sur son petit monde qu’il n’a plus l’habitude de compter avec les autres, qu’il blesse à des degrés divers.
Mais surtout, Nicolas est un décembriste : acquis aux idées politiques de Sophie, profondément influencé – comme les « authentiques » décembristes – par ce qu’il a vu en France durant les campagnes de 1814 et 1815 et par les idées des Lumières, il fait partie le 14 décembre 1825 de ces jeunes nobles qui ont voulu profiter de la mort du tsar Alexandre Ier (et de la confusion de l’interrègne qui s’ensuit) pour tenter un coup d’Etat militaire, visant à doter la Russie d’une constitution consacrant la liberté d’expression et la liberté d’opinion (entre autres) et à abolir le servage. Mal préparée, mal menée, la tentative échoue. Cinq des conjurés seront condamnés à mort et exécutés, les autres déportés en Sibérie – Nicolas entre autres. Sophie, comme quelques autres épouses de condamnés, l’y suivra.

En dehors d’une belle histoire magnifiquement décrite, on aperçoit les prémices de la révolution de 1917 et de l’URSS, très éloignés des décembristes, guidés par un idéal sans doute trop utopique … Ce fut sans doute la seule tentative de révolution par l’aristocratie dans l’intérêt du peuple.

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En bref, j’en parle très maladroitement parce que c’est une oeuvre riche, complexe, difficile à résumer et à décrire, mais qui ne lasse pas (et pourtant Dieu sait que je l’ai lue et relue depuis neuf ans, la reliure commence à montrer des signes de faiblesse). (Par contre, j’ai toujours trouvé les sourcils de la jeune femme en couverture beaucoup trop épais)

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4 réflexions sur “« On offre l’empire de Russie comme une tasse de thé, à l’un, à l’autre, et personne n’en veut ! »

    • J’aime bien Guerre et Paix, mais Troyat fait beaucoup moins de textes dilatoires (en même temps, il n’était pas payé à la ligne). Entre Tolstoï et Troyat, je prends Troyat sans hésiter ! 😀

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